Du rap pour éduquer les enfants (et les adultes)
Se servir du rap pour éduquer les enfants et les adultes, en voilà une méthode peu orthodoxe ! Mais sait-on jamais, peut-être qu’elle fonctionne ? Depuis son apparition, le rap n’a cessé d’être dénigré et critiqué. Si les jeunes l’adorent, on ne peut pas en dire autant des adultes. Pour la plupart, ils trouvent ce genre musical agressif, provocateur, parfois même insultant. Certains parents vont même jusqu’à interdire à leurs enfants d’avoir des morceaux de rappeurs célèbres dans leur playlist. Et pourtant, le rap est, dans beaucoup de cas, plus éducateur que beaucoup d’autres chansons. Les chansons d’amour et autres musiques à l’eau de rose ne le valent pas pour forger le caractère. Son agressivité n’a pas que du mauvais. Faut-il comprendre qu’il est trop tard si on veut utiliser le rap pour éduquer les enfants (et certains adultes) ? N’en soyez pas si sûrs.
Le Rap et le Hip-hop : les musiques de la révolution
Vers la fin des années 70, le hip-hop a été créé dans les quartiers ghettos nord-américains. Un peu plus tard, dans les années 80, c’est au tour du rap de faire son apparition. A partir de là, un vrai mouvement socioculturel contestataire se met en place. Là, dans les rues de Harlem, du Queens, de Brooklyn et du Bronx, de nombreux groupes (pionner du rap) se forment.
Parmi les plus célèbres, « The Last Poets » a composé les chansons emblématiques de cette époque. A la fois rythmés, percutants et poétiques, leurs titres peuvent servir d’exemple qui on veut prendre le rap pour éduquer. Après tout, il s’agit des morceaux qui ont inspiré nombreux rappeurs de la nouvelle génération. Aujourd’hui encore, « When the revolution come » et « Niggers are scared of revolution » sont considérés comme des chefs-d’œuvre. Si le groupe a autant marqué les esprits, c’est aussi parce qu’il a dénoncé la condition des noires. Tant bien que mal, ils ont tenté de réveiller les esprits d’une population résignée, une lutte en musique admirable.
Le rap pour éduquer a donc bien été réel, même s’il a été plus politique et engagement pour une cause au début. Déjà, il permet à beaucoup de s’affirmer et c’est déjà de ça acquis dans l’éducation. Ce genre musical répertorie aussi un grand nombre de chansons encourageantes, pour beaucoup de situations.
Et s’il suffisait de donner sa chance au rap français ?
Dès son arrivée, le rap français a été considéré comme une « musique de délinquant ». La plupart des gens continuent encore de le penser. Une fois sur deux, un rappeur est associé à tous les clichés qui accompagnent son titre. Il devient peu fréquentable, un personnage douteux qu’il faut éviter. Inutile de préciser qu’à cause de ces préjugés, on ne prend même pas la peine d’écouter les paroles de leurs chansons.
Certes, les choses s’améliorent, les points de vue changent, et les mentalités évoluent. Il suffit de voir la notoriété des rappeurs dans le genre de Soprano, GIMS ou Rhoff. Toutefois, il reste encore beaucoup de chemin à faire. Cela ne change rien au fait qu’il est possible de se servir du rap pour éduquer. L’essentiel, c’est de choisir les bons titres et de les faire écouter aux bonnes personnes. « Si j’avais su » de SHURIK’N (1997) est une véritable leçon de vie, pour éviter pas mal d’erreur de parcours. « Avant qu’elle parte » de Sexion d’assault en 2012, utilise des mots puissants pour rappeler la valeur d’une mère. « Imagine-toi » de Soprano et Blacko, utilise des rimes qu’on ne peut pas ignorer pour se rappeler de la chance de chacun et de l’importance de relativiser ces problèmes.
Ce ne sont que des exemples parmi d’autres qui vous feront aimer le rap. Pas seulement vous, mais aussi vos proches les plus réticents.
Se servir du rap pour éduquer les enfants à l’école, et après…
Se servir du rap pour éduquer, c’est donc tout à fait possible. D’ailleurs, les enfants du monde entier y sont exposés dès leur plus jeune âge. Il vaut mieux en tirer profit dans la puériculture musicale. Pourtant, ce qui effraye les parents et le Ministère de l’Education nationale, c’est le côté sombre de cette musique. Après tout, elle met en avant des images choquantes, des valeurs douteuses, un langage « peu recommandable ». Il suffit de voir les chansons de Snoop Dogg dont la majorité banalise la drogue et la débauche, comme « Young, Wild, and Free ». La mauvaise réputation de certains rappeurs comme Koba Lad n’inspire pas non plus confiance.
Par conséquent, le tri s’impose pour se servir du rap pour éduquer. Ne vous laissez pas aveugler par le rap peu valorisant. Le bannir n’a jamais fonctionné. De nombreux profs s’y sont essayés, et force est constater que cela marche. Cela marche tellement bien même, que le Ministère de l’Education n’a d’autres choix que d’y adhérer. En Haut de Seine, une prof de français a inventé un podcast constructif intitulé « Passe ton rap d’abord ». Elle y enseigne les figures de style à ses élèves, tout en les incitant à débattre sur les paroles rappées. On les incite ainsi à s’affirmer, à argumenter ; une didactique remarquable et très fructueuse. Outre l’aspect éducatif, le rap permet aussi aux adolescents de surmonter l’étape difficile entre le collège et le lycée.
A un certain âge, c’est important de trouver des chansons auxquelles on peut s’identifier. C’est le cas « Rien à remplacer » de Scylla par exemple. D’autres encore, aident à faire face aux bouleversements qui surviennent lorsqu’on a fini l’école. Il suffit d’écouter « Peu de gens savent » d’Oxmo Puccino, ou encore « L’usine à adultes » de Keny Arkana. Souvenez-vous, ne limitez pas le rap pour éduquer au premier degré. Voyez toujours plus loin !

